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l'esprit de l'aikido

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L’ESPRIT DE L’AIKIDO –

 Le véritable sens de la pratique Ki universel et ki individuel Unicité de l’aïkido Maître Ueshiba en arriva à la conclusion que l’esprit authentique du budô ne pouvait se retrouver dans l’atmosphère des compétitions ou des combats pour lesquels la force brutale prévalait et dont l’unique objet était la victoire à tout prix. Il leur préféra un accomplissement de l’être, l’homme perfectionnant son corps et son esprit par l’entraînement et la pratique des arts martiaux avec d’autres individus attachés à la même quête.

Pour lui, seule cette manifestation du budô authentique pouvait avoir une raison d’être dans le monde moderne, et lorsqu’elle existait, elle se situait au-delà de toute culture ou époque particulière. Son but, hautement religieux par nature, peut se résumer en quelques mots :

unification du principe fondamental de la création, le ki, assurant la permanence de l’univers, et du ki individuel, indissociable du souffle-énergie animant chaque personne.

 

Par un entraînement constant du corps et de l’esprit, le ki individuel s’harmonise au ki de l’univers et cette unité apparaît dans le mouvement dynamique et continu du ki-énergie qui est libre et fluide, indestructible et invincible. Telle est l’essence des arts martiaux japonais mise en pratique dans l’aïkido. Le fait que l’aïkido soit considéré comme un budô moderne ne signifie pas qu’il ait intégré des concepts modernes comme l’ont fait d’autres budô modernisés tels que le judo, le karaté ou le kendo.

L’aïkido s’appuie sur l’héritage spirituel des arts martiaux et met l’accent sur l’entraînement du corps et de l’esprit. Les autres budô ont, en revanche, favorisé l’aspect physique de la pratique en développant compétitions et tournois et en faisant de la victoire l’objectif prioritaire et sont ainsi entrés de plein pieds dans le monde du sport. L’aïkido, tout au contraire, refuse de devenir un sport de compétition et rejette toute forme de tournois ou d’épreuves impliquant des catégories de poids, la comptabilisation des victoire et le couronnement des champions.

 

Tout ceci ne sert, en effet, qu’à favoriser égotisme, vanité et mépris des autres. La tentation est grande de s’impliquer dans les sports de compétition car tout le monde souhaite être gagnant, mais rien n’est plus préjudiciable au budô qui n’a d’autre objectif que de libérer l’homme de lui même et de son ego pour qu’il comprenne enfin ce qui est réellement humain. L’aïkido a pour unique préoccupation de préserver l’essence du budô en transmettant les valeurs spirituelles des arts martiaux traditionnels.

Pour cela, l’aïkido reste fidèle au principe fondamental du budô, tel que l’a exprimé Maître Ueshiba, un entraînement constant du corps et de l’esprit conduisant l’homme sur le chemin de la spiritualité. L’entraînement de l’esprit est le principe fondamental de l’aïkido. Si un pratiquant vient à l’aïkido dans le seul but de prouver sa force physique en apprenant des techniques de combat et ne cherche pas à y associer la maîtrise de soi, il ne pourra progresser et sera invité à partir.

L’entraînement est le seul moyen d’appréhender l’aïkido et d’en tirer un bénéfice, qu’il soit tangible ou intangible. Au travers du long cheminement, le pratiquant découvre ce qui fait de l’aïkido un art martial unique. L’aïkido peut être physique, vigoureux et dynamique, avec des clés de poignets efficaces et des frappes directes (atémi). Contrairement aux idées reçues, l’aïkido propose des techniques d’une redoutable efficacité, en particulier lorsqu’il s’agit de désarmer ou de soumettre un adversaire.

En suite il est difficile et compliqué d’exécuter les techniques et les mouvements de base, tels que les chutes (ukemi), la prise de distance (ma-ai), l’entrée (irimi), les déplacements (tai-sabaki). Le fait est que tout le corps, et pas seulement les bras et les jambes, doit se mouvoir en continu de manière coordonnée et cela avec rapidité, vigueur et puissance.

 

Pour exécuter les techniques souplement et avec fluidité, il est indispensable d’acquérir une excellente maîtrise mentale alliant concentration, agilité, équilibre et réflexe. Le contrôle du souffle est essentiel, car il associe la respiration normale à quelque chose intangible ( le ki-énergie). La maîtrise du souffle-énergie est fondamentale, assurant fluidité et continuité dans l’exécution des mouvements et des techniques. Elle fait partie intégrante de la philosophie du budô développée par maître Ueshiba. En progressant, le pratiquant découvrira à travers diverses variations ou applications que les techniques sont infinies, et après avoir aperçu l’aspect central du ki, personnel aussi bien qu’universel.

 

C’est alors qu’il prendra toute la mesure de l’aïkido, art martial puissant et sophistiqué. Ce n’est que par la pratique de l’aïkido qu’il pourra appréhender la dimension cruciale du budô – un entraînement permanent du corps et de l’esprit conduisant l’homme sur le chemin de la spiritualité. Ai-ki, harmonisation des ki L’essence du ki est à la fois personnelle et impersonnelle, concrète et universelle ; il est source d’énergie créative, force fondamentale de vie, transcendant temps et espace. La rencontre de l’Occident avec les philosophies et les cultures orientales et la découverte du ki, moteur de la spiritualité des pays d’Asie expliquent en partie l’intérêt de l’Occident pour l’aïkido, qui signifie littéralement la recherche ( dô ) de l’harmonie ( ai ) des énergies ( ki ).

 

A l’origine, l’idée de ki apparaît dans les écoles de pensée chinoise, dans la Théorie des cinq éléments, le principe du ki était généralement associé au dualisme yin-yang. Dans le Densho chûshaku, un texte important sur le jûjutsu classique de l’école Kitô, très proche du judo moderne et présentant des affinités certaines avec l’aïkido : « Kitô signifie s’élever et retomber.

S’élever est yang, retomber est yin. On peut vaincre en ayant recours au yang et vaincre en ayant recours au yin … Lorsque l’adversaire fait preuve de yin, il faut vaincre par le yang. Lorsque l’adversaire est yang, il faut vaincre par le yin … Un esprit fort démontre sa maîtrise lorsque le rythme entre force et souplesse est perçu dans l’exécution de la technique.

 

Renoncer à sa propre force pour gagner en utilisant la force de l’adversaire n’est possible que par le ki comme l’enseigne notre école. En renonçant à la force, l’individu revient au principe fondamental. S’il n’a plus recours à la force mais au ki, la force de l’adversaire rebondit et il retombe de lui-même. C’est ce que nous appelons vaincre en utilisant la force de l’adversaire. Ce point est important car il signifie que le faible triomphe du fort. » Pour illustrer le principe du ki dans l’art du sabre, la citation suivante est très significative : « La possibilité de victoire dépend du ki. Observer attentivement le ki de l’adversaire et bouger en harmonie avec lui signifie que l’on garde le potentiel de victoire par-devers soi.

 

Pour le zen, la manifestation potentielle du zen fait référence au même principe. Le ki, caché et non révélé, ouvre les portes de la victoire. ( Heihô kaden sho ). « Dans tout ce qui se rapporte à l’art, aux arts martiaux y compris, la supériorité est synonyme de travail et d’entraînement, mais la maîtrise reste affaire de ki. La grandeur du ciel et de la terre, l’éclat du soleil et de la lune, le changement des saisons, le chaud et le froid, la naissance et la mort sont tous liés à l’alternance du yin et du yang. Les mots ne pourront jamais en décrire le jeu subtil, mais au travers de cette dualité, toute chose s’accomplit par le ki. Le ki est à l’origine de la vie et quand le ki perd sa forme, la mort survient. ( Tengu geijustsu ron ). »

 

Pour maître Ueshiba, sa vision du ki est suivante : « Le budô m’a permis d’entraîner mon corps jusqu’à en connaître tous les secrets, mais il m’a surtout fait découvrir une vérité plus grande encore. En ouvrant ma conscience à la véritable nature de l’univers, le budô m’a fait comprendre que l’homme doit unir son corps et son esprit et le ki qui les lie pour être en harmonie avec l’activité de toute chose dans l’univers. » « Par le jeu subtil du ki, le corps et l’esprit s’harmonisent comme s’harmonise l’individu avec l’univers. Lorsque ce jeu devient malsain, le désordre s’installe et l’univers tombe dans le chaos. L’harmonisation de l’unité ki-esprit-corps avec l’activité de l’univers est indispensable à la paix et à l’ordre dans le monde. » « Le jeu subtil du ki est la source maternelle qui règle la respiration avec délicatesse.

 

 

Il est aussi pour les arts martiaux source d’amour. Lorsque l’individu, unifiant son esprit et son corps au travers du ki, fait preuve d’ai-ki ( harmonisation des ki ), son souffle-énergie se modifie spontanément, la fluidité caractérise alors ses waza ( techniques authentiques ). » « La respiration née de l’harmonisation avec le ki de l’univers entre en interrelation et interaction avec tout ce qui vit. Au même instant, le souffle-énergie pénètre délicatement dans toutes les parties du corps. S’infiltrant au plus profond, il emplit l’individu de vitalité, lui permettant des mouvements naturellement variés, dynamiques et spontanés. Le corps dans son ensemble, jusqu’aux organes internes, se trouve ainsi unifié dans la chaleur, la lumière et la force.

 

Ayant atteint l’unité de l’esprit et du corps et ne faisant plus qu’un avec l’univers, le corps bouge spontanément, et n’offrant aucune résistance, il répond à toutes les sollicitations. » « Les délicates variations de la respiration impriment au ki de subtils mouvements dans le vide. Les mouvements sont parfois violents et puissants, à d’autres moments, ils sont lents et lourds. Par ces changements, il est possible d’apprécier le niveau de concentration ou d’unification de l’esprit et du corps. Lorsque la concentration s’infiltre dans l’esprit et le corps, le souffle-énergie ne fait plus qu’un avec l’univers, doucement et naturellement l’expiration est totale, tandis que l’individu est de plus en plus concentré et autonome.

 

 Lorsqu’enfin la respiration s’accorde à l’univers, l’essence spirituelle divine devient réalité au fond de son être, l’enveloppant, le protégeant et le défendant. L’individu aborde alors aux confins de l’essence même de ce qui est ai-ki. » Le ki est alors double : unité individu-univers et expression spontanée du souffle-énergie. Le premier se fait héritier du concept de ki des penseurs de la Chine ancienne, mais il trouvera sa réalisation dans l’unité ki-esprit-corps développée par l’entraînement de l’aïkido. Lors de l’entraînement, l’unification au ki de l’univers se fait spontanément, sans effort. Le second sous-entend que la respiration de l’individu contrôle ses pensées et les mouvements de son corps.

 

Lorsque le rythme de la respiration et les mouvements d’aïkido s’harmonisent au rythme de l’univers, l’esprit et le corps de l’individu sont centrés et tous les mouvements s’impriment dans une spirale. La puissance du ki Lorsque le ki se réalise et se confirme au travers d’un investissement personnel, il aide à former le caractère et à préserver l’intégrité de l’individu. Cette recherche conduit inévitablement à une perception des implications philosophiques et spirituelles du ki. En fait, une parfaite compréhension du ki devra être à la fois empirique et intellectuelle, intellectuelle et empirique.

 

C’est ce principe qui nous guide lorsque nous décidons des cursus d’apprentissage, notamment dans le choix des méthodes, des contenus et de leur pertinence. En aïkido, le but poursuivi est l’unité ki-esprit-corps. Mais ce qui en fait l’unicité, c’est que dès le début de la pratique, les mouvements sont étudiés en relation avec l’écoulement du ki. Pour que tous les mouvements s’inscrivent dans une spirale, l’accent est mis sur la perception et la maîtrise du ki. Les élèves recherchent l’unité ki-esprit-corps non seulement dans le mouvement, mais, avant la mise en pratique dans les waza, ils apprennent que le ki se concentre dans un centre stable et fort, qui n’est autre que le centre de gravité naturel ( cinq centimètres sous le nombril ) d’une personne debout en position relâchée.

 

Lorsque le ki s’écoule le long des bras, vers les mains jusqu’aux ongles, les mains deviennent une arme sans arme appelée te-gatana, ce qui signifie littéralement le ‘ sabre de la main ’. Avant de commencer à étudier les techniques, il est d’usage de travailler le souffle-énergie en exécutant kokyû-bô ( littéralement, méthode de respiration ), debout et à genoux, et d’apprendre à gérer correctement la distance avec le partenaire ( ma-ai ). Contrairement aux autres arts martiaux, budô modernes ou traditionnels qui enseignent l’unité esprit-technique-corps, l’aïkido met l’accent sur le ki plutôt que sur la technique et recherche l’unité ki-esprit-corps. Il est évident que la pratique des waza est constante, mais la maîtrise dépend de l’unité ki-esprit-corps et seul le degré d’unification permettra d’évaluer le niveau de compétence en aïkido.

 

Le concept de ki trouve son origine dans la pensée des maîtres de la Chine ancienne, étroitement liée au mythe de la création du monde, et comment cette notion de ki peut s’intégrer à la pensée scientifique moderne ? Le docteur Sagan insiste sur le fait que l’humanité, en tant qu’espèce évoluée, devrait réfléchir avant d’engager plus avant ses expérimentations technologiques et qu’elle devrait le faire en parfaite harmonie avec l’ordre de l’univers. Ce n’est qu’en parfaite connaissance et en accord avec les changements et la confusion qui règnent dans le cosmos qu’elle pourra agir sans mettre en péril la suivie de notre espèce. Entrée, cercle et spirale Nen et clairvoyance

 

Un centre fort et stable n’est rien d’autre que ce que maître Ueshiba appelait l’unité ki-esprit-corps. L’essence de l’aikido, l’unité ki-esprit-corps ne peut être réalisée que par un individu prenant en compte la globalité de son être. Si nous n’en maîtrisons que l’aspect spirituel, nous risquons de devenir doctrinaires et de nous égarer dans l’abstraction. Si nous n’en saisissons que l’aspect technique favorisant les prouesses physiques, nous nous satisferons de l’explication simpliste de mouvements mécaniques. L’essence de l’aikido englobe ces deux aspects pour nous permettre, au travers du bûdo, de réaliser enfin l’unité ki-esprit-corps dans toute son acception philosophique et religieuse.

 

Le meilleur moyen d’appréhender l’essence de l’aikido est de s’attacher aux paroles du Fondateur. L’usage du concept japonais nen comporte une connotation religieuse en ce qu’il implique que l’âme se concentre dans la recherche d’une voix. La compréhension du nen est la clef qui ouvrira les portes de l’essence de l’aikido, car il s’agit en fait du cœur même de l’aikido. Maître Ueshiba en donnait le sens en ces termes : « Ce corps, tel que l’univers l’a crée, est la représentation concrète de l’union du physique et du spirituel. Il respire l’essence subtile de l’univers pour ne plus faire qu’un avec lui et la pratique n’est alors que le moyen de se réaliser sur le chemin de la vie.

 

Dans la pratique, le premier travail consistera à continuellement discipliner l’esprit, à développer le pouvoir du nen et à unifier le corps et l’esprit. Ceci est indispensable à l’évolution du waza, qui trouvera son accomplissement a travers du nen. « Il est indispensable que le waza soit toujours en accord avec la vérité de l’univers. Pour cela, il est nécessaire de pouvoir se reposer sur un nen approprié. Si le nen est guidé par le désir mesquin d’un petit moi, il sera erroné. La pratique, lorsqu’elle est fondée sur une idée fausse, va à l’encontre de la vérité de l’univers et induit ses propres conséquences qui peuvent être tragiques et éventuellement conduire à la destruction. « Le nen n’est concerné ni par la défaite, ni par la victoire et il évolue lorsqu’il est parfaitement en accord avec le ki de l’univers.

 

 Lorsque cela se produit, le nen devient un pouvoir surnaturel qui permet de tout voir précisément, même le plus petit mouvement de la main ou du pied. On devient alors le miroir où tout se reflète, et comme on est le centre de l’univers, il est possible de percevoir clairement ce qui n’est pas centré. C’est alors que l’on peut vaincre sans se battre. « Pour appréhender les mouvements imperceptibles du ki au travers du nen, il faut comprendre que la partie gauche du corps est la base de l’art martial et la partie droite, l’endroit où le ki de l’univers se manifeste. Lorsque l’on aborde les confins de la liberté absolue, le corps devient lumière et subit des transformations divines.

 

Le côté droit transmet sa puissance au côté gauche. Le gauche devient le bouclier et le droit le siège de la technique. Cette loi spontanée et naturelle doit trouver sa place au centre et le moi se manifester librement dans la rotation dynamique de la spirale. » Maître Ueshiba nous enseignait que pour cultiver le nen il fallait concentrer l’esprit en un point afin de réaliser l’union avec la réalité universelle qui nous avait amenés sur terre. Lorsque l’esprit et le corps, unis par le nen, s’harmonisent au principe ordonnançant pour atteindre un état de conscience supra naturel.

 

L’homme en accord avec le principe de mutation universelle se meut prestement, avec légèreté et agilité, devenant capable de bouger librement au cœur de la spirale. Nen, la concentration d’un cœur sincère recherchant l’unité entre l’ordre de l’univers et le principe des mutation, devient la source jaillissante du principe subtil du ki. Lorsque ce principe, enraciné dans le nen, se manifeste dans le cœur et dans l’esprit d’un pratiquant, ce dernier est libre et ouvert, et sa vision devient pénétrante. Lorsqu’il trouve son chemin à travers tout le corps, le mouvement inspiré et dynamique s’imprime dans la rotation de la spirale. Nen n’est autre que le trait d’union entre l’unité ki-esprit-corps et le ki de l’univers.

 

Lors d’une expédition en Mongolie intérieure avec le révérend Deguchi Onisaburô, chef religieux de la secte Omoto en juin 1924, ils furent pris dans une embuscade, encerclés de toutes parts, il se prépara à l’inévitable. Lorsqu’il dut faire face à une grêle de balles, il se sentit extrêmement calme et, sans bouger, il évita les balles par une simple esquive du corps. Il se sortit de l’aventure sans blessure, miraculeusement indemne. « Je ne pouvais bouger d’où j’étais. Aussi, lorsque les balles arrivèrent sur moi, j’ai simplement pivoté et détourné la tête. Bientôt, en concentrant mon attention, je pus déterminer d’où viendraient les balles, qu’elles soient tirées de la droite ou de la gauche.

 

Je pouvais voir des paillettes de lumière blanche jaillirent devant les balles. Je les évitais en pivotant, tournant mon corps, et elles passaient à côté. Cela se produisit à plusieurs reprises sans me laisser le temps de reprendre mon souffle, mais j’avais soudain appréhendé l’essence du budô. Je compris clairement que les mouvements prennent leur sens dans les arts martiaux lorsque le centre du ki est concentré à la fois dans le corps et dans l’esprit et que plus je devenais calme, plus mon esprit était clair. Je pouvais percevoir intuitivement les pensées et les intentions violentes de mes adversaire. Lorsque l’esprit est calme, il est comme le centre tranquille d’une toupie. Lorsque le centre est calme, la toupie peut tourner sans à-coups et prendre de la vitesse. Elle semble alors en plus bouger.

 

Je venais de faire l’expérience de la clairvoyance de l’esprit et du corps ( sumi-kiri ). » 1925 au dôjô d’Ayabe, un jour où il fut défié par un officier de la marine armé d’un sabre, le Fondateur fit face à son attaquant sans arme. Lorsque son adversaire lança son attaque, il déplaça très légèrement son corps pour éviter l’impact ou la coupe du sabre. Les mouvements d’esquive fluides du Fondateur déboutèrent l’officier qui renonça rapidement, totalement épuisé. « Ce n’est rien, juste une question de clairvoyance de l’esprit et du corps. Lorsque mon adversaire attaquait, je pouvais voir un éclair de lumière blanche, de la taille de petits cailloux, qui jaillissait avant la lame. Il était clair qu’immédiatement derrière la lumière blanche, tomberait la lame.

 

Tout ce que j’avait à faire était d’éviter l’éclair de lumière. » Cet incident démontre que le Fondateur avait la faculté de percevoir intuitivement et instantanément même les mouvements les plus imperceptibles lorsqu’ils émanaient de la pensée hostile d’un ennemi. A la fin de sa vie, lorsqu’il faisait référence à ces perceptions subtiles, il parlait de « vibrations de tout le corps faisant écho aux vibrations de l’univers » Debout entre ciel et terre Lié à tous les êtres par le ki, Mon esprit est prêt A se faire l’Echo de tous. Telle est l’essence de l’aïkido, le cœur sur lequel repose la pensée du Fondateur, source d’amour et d’harmonie. Conduire l’adversaire Les techniques de base de l’aïkido se caractérisent par la liberté et la spontanéité des mouvements circulaires.

 

Si l’on prend en compte l’ensemble des mouvements de corps nécessitant une rotation et un pivot ( tai-sabaki ), les déplacements et les mouvements circulaires apparaissent comme le commencement et la fin de tout entraînement. L’accent mis sur le dynamisme de la spirale a amené un certain nombre d’évolutions intéressantes. L’aïkido comprenne l’étude de techniques violentes telles les frappes directes ( atemi ), et les clefs de poignet héritées des arts de combat anciens, l’accent mis sur la rotation donne visuellement l’impression d’une danse dont la chorégraphie délicate et raffinée s’enchaîne doucement.

 

De plus, de nombreuses techniques se réalisent en créant un large arc de cercle pour projeter l’adversaire, l’amener au sol ou suivre ses mouvements et pourtant, l’aïkido peut être dans un espace limité. Cela est dû aux mouvements circulaires de l’aïkido, contrairement aux mouvements linéaires des autres arts martiaux, dans lesquels les poussées directes vers l’avant ou l’arrière donnent une impression de plus grande violence mais requièrent beaucoup plus d’espace. En fait, toutes les techniques qui, à l’origine, étaient dures et violentes sont devenues souples et raffinées en s’attachant au principe du cercle et de la spirale et les techniques qui nécessitaient beaucoup d’espace s’impriment maintenant dans une petite sphère.

 

 C’est peut-être une des raisons qui font de l’aïkido un art martial considéré comme très sophistiqué. Néanmoins, il ne faut pas croire que les mouvements circulaires ont été élaborés dans le seul but de faire de l’aïkido un art raffiné ou pour créer un art de défense passif. Le but avoué était positif et agressif : maîtriser et contrôler la force de l’adversaire. L’aïkido est né de la nécessité de répondre à des questions aussi vitales que : Que puis-je faire si je suis confronté à un adversaire physiquement plus fort que moi ? Comment puis-je vaincre un adversaire sans utiliser d’armes quelles qu’elles soient ? Sans avoir recours à la violence gratuite ou à la manipulation psychologique, tout en gardant l’esprit du budô, quelle est la forme de soumission la plus rationnelle ? En un mot, comment peut-on se défendre d’un adversaire supérieur en taille, force et expérience ?

 

A l’origine, l’application par maître Ueshiba du principe de la spirale à l’aïkido visait à répondre à ces questions mais aussi à développer une alternative moderne aux arts martiaux traditionnels. Le fondateur avait étudié les formes de jûjutsu des écoles kitô et Daitô et maîtrisait l’art ancien du sabre enseigné par l’école Shinkage. Insatisfait de ce qu’il avait appris, il s’entraîna avec rigueur et discipline. Et appliquant la philosophie du nen, il se fit l’avocat d’une manifestation libre et spontanée du moi au cœur de la spirale. Le principe selon lequel le souple contrôle le dur, le flexible conquiert le rigide, base des jûjutsu classiques, fait également partie de l’héritage de maître Ueshiba et se retrouve dans sa formulation de l’aïkido mais avec une différence fondamentale.

 

Dans les jûjutsu anciens, il était enseigné que « lorsque l’on est poussé, il faut tirer ; lorsque l’on est tiré, il faut pousser » Dans les mouvements circulaires de l’aïkido, cela devient : « lorsque l’on est poussé, il faut pivoter et tourner, et lorsque l’on est tiré, il faut entrer en tournant. » Cela signifie que l’on bouge en un mouvement circulaire en réponse à l’attaque de l’adversaire et tout en se déplaçant dans une sphère, il faut rester fixé sur son centre de gravité pour fournir un axe stable au mouvement. Dans le même temps, le centre de l’adversaire se trouve déstabilisé ; ce dernier, en perdant son centre, perd toute sa puissance. Il peut alors être maîtrisé rapidement, de façon définitive.

 

Dans le langage de l’aïkido, ce point s’applique plus particulièrement aux mouvements de corps qui impliquent une rotation et un pivot, appelé tai-sabaki. La technique de base consiste à entrer ou, plus précisément, irimi-issoku, à ‘‘ entrer sur un pas ’’ selon le principe du cercle et de la spirale. Debout, en position de garde ( banmi ), face à un adversaire qui avance droit pour une attaque en ligne, il faut entrer dans l’ouverture, appelée shikaku ou angle mort, qui se trouve hors de son champ de vision. Le point-clé est un déplacement de pieds rapide et sûr, avec un centre bien placé qui prend le dessus sur le centre de l’adversaire.

 

La technique de base implique une frappe ( atemi ) en un point vulnérable, non protégé, de l’adversaire. Dans une pratique plus évolué, il sera possible d’exécuter des techniques telles que irimi-nage, irimi-tenkan, irimi-otoshi. La technique d’irimi est fondamentale dans le principe du cercle et de la spirale, mais elle doit toujours pouvoir s’appuyer sur un centre de gravité stable. Du point de vue d’un engagement réel, il est indispensable d’entrer avec toute la puissance du ki pour déborder le centre de l’adversaire et prendre le dessus.

 

Il faut absolument éviter toute hésitation avant d’entrer sur une frappe directe. Si irimi caractérise le budô tel qu’il se manifeste dans les techniques martiales, le déplacement correct du corps, tai-sabaki, symbolise la démarche essentielle de l’aïkido au travers de mouvements permettant de s’harmoniser avec le changement dynamique. Enfin, les techniques qui mettent le corps en mouvement sont l’expression de l’unité spirituelle avec l’ordre du cosmos et de l’unité dynamique avec les mutations de l’univers. Les mouvements du corps en aïkido s’appuient sur le principe du cercle et de la spirale. Tout comme pour les corps sphériques, le centre est stable et le mouvement est issu de ce point immobile. La spirale peut contrôler toutes les attaques par des techniques émanant de son centre ; bien que gracieuses, elles seront toujours empreintes d’une puissance infinie. Il est possible de se référer aux lois de la physique qui définissent les notions de forces centrifuge et centripète pour expliquer les mouvements d’aïkido, mais leur beauté unique naît de l’unité ki-esprit-corps. Les pratiquants d’aïkido doivent consacrer la plus grande partie de leur entraînement à la maîtrise des mouvements circulaires ; par ce travail constant, ils pourront étudier les principes de base qu’ils impliquent. Dans le mouvement, ils deviennent comme la toupie, toujours aquilibrée avec une centre stable.

 

Bien que les pratiquants n’en aient pas toujours conscience, ils réalisent alors l’unité ki-esprit-corps qui ne fait qu’un avec l’univers. Entraînement quotidien, la voie de la perfection Les jeunes pratiquants et les principes fondamentaux de l’aïkido L’entraînement des enfants et des jeunes diffère de celui des adultes mais les bases et la progression restent essentiellement les mêmes. Comme dans les cours pour adultes, les élèves commencent par des exercices préliminaires tels que funakogi ( mouvement du rameur ) et furitama ( placement du ki ). Le Fondateur préconisa ces exercices, après avoir réalisé que « ce moi n’est autre que l’univers », pour inviter l’essence divine à l’intérieur de son propre centre. Dans l’exercice du rameur, l’élève se tient debout, une jambe en avant, une jambe en arrière, les deux mains refermées comme si elles tenaient des rames. Les hanches deviennent le centre d’un mouvement répétitif d’avant en arrière qui ressemble à celui du rameur. Cette méthode d’unification de l’esprit et du corps consiste à maintenir le ki au centre alors que le mouvement s’imprime d’avant en arrière.

 

Les élèves apprécient beaucoup ces exercices rythmés malgré leur nom singulier et les mouvements qu’ils impliquent. Après ces exercices préliminaires, les élèves apprennent à tomber en roulant vers l’avant et vers l’arrière et s’exercent par la suite avec un partenaire qui les entraîne dans un mouvement circulaire. Il s’agit du travail des ukemi ( chutes ) : l’élève qui conduit s’appelle le nage et celui qui est conduit et qui chute le uge. En suite, vient d’apprentissage des déplacements et des techniques à genoux appelés shikko et suwari-waza. Ces exercices au sol sont fondés sur le seiza, position assise traditionnelle. Lorsqu’elle devient une position de repos naturelle, appliquée au début et à la fin du cours d’aïkido, elle développe une perception correcte de l’étiquette. Dans les temps anciens, le budô avait pour maxime : « Commence dans le respect de l’étiquette, finis dans le respect de l’étiquette ». L’étiquette enseignée en aïkido – respect mutuel, considération pour les autres, propreté – n’est pas imposée aux élèves par l’endoctrinement ou les menaces.

 

C’est la conséquence naturelle de l’apprentissage d’une position seiza correcte et de la maîtrise des bases du suwari-waza. Un corps droit implique un esprit droit. L’important est le respect individuel de l’élève qui, à partir de son centre, cherchera, de sa propre initiative, à agir en accord avec les plus hauts principes. En aïkido, l’étiquette est un aspect essentiel de la pratique pour tous les élèves. Cette tradition est la source d’étiquette, elle est la base de nombreuses techniques, et elle est essentielle à un bon entraînement. Les parents ont tendance à pousser leurs enfants à pratiquer l’aïkido en pensant que l’aïkido les rendra plus sûrs d’eux et plus forts, c’est faire injure tant aux enfants qu’à l’aïkido. Car l’aïkido rejette toutes les formes de violence, qu’elles soient justifiées ou non. Si ce n’était pas le cas, nous ne serions pas différents des autres arts martiaux pour lesquels les combats et la victoire sont les principales motivations.

 

L’aïkido est une voie spirituelle et que son idéal est l’avènement de l’harmonie et de l’amour. En disciplinant l’esprit et le corps, et plus particulièrement l’esprit, il tend vers la perfection de la personnalité et de l’humanité. Ce n’est pas la fore brutale, ni la violence, mais la concrétisation du ki par un entraînement spirituel et physique afin de construire un être capable de diriger sa vie avec confiance, respect et mesure. Les enfants doivent être considérés, eux aussi , comme dezs individus qui cherchent à s’élever sur le chemin de l’amour et de l’harmonie, comme nous le faisons tous, quel que soit notre âge. Ouvrir le cercle de l’aikido La pratique des femmes donne de la profondeur à l’aïkido et en élargit la portée. L’aïkido est un budô ouvert à tous, qui aspire à unifier le ki de l’univers au ki individuel. Pour tous les êtres humains, il est le chemin de l’harmonie avec tout ce qui les entoure. Les portes de l’aïkido sont ouvertes à tous sans distinction d’âge, de condition, de sexe, de nationalité ou de race.

 

La non-discrimination et la non-exclusion sont deux caractéristiques fondamentales de l’aïkido. Les arts de combat anciens se sont développés à une époque où seuls les hommes mettaient leur vie en jeu sur les champs de bataille, ce qui peut tout à fait justifier le fait qu’en son temps , le budô ait été considéré comme une affaire d’hommes. Dans le monde moderne, alors même que les arts martiaux préconisent l’entraînement de l’esprit et du corps, ce point de vue est tout à fait anachronique. L’idée selon laquelle les arts martiaux devraient être réservés aux hommes repose sur une hypothèse de violence et de force brutale, mais cette hypothèse n’est plus d’actualité. Le budô moderne, devenu la voie d’un entraînement de l’esprit et du corps, repose sur un postulat d’amour et d’harmonie.

 

L’aïkido est le budô par excellence en ce qu’il tend à cultiver l’humanité vraie dans un monde de paix. L’aïkido des femmes n’est rien d’autre que le budô, et il n’y a pas de différence entre l’entraînement des femmes et celui des hommes. Dès qu’elles commencent à pratiquer, elle comprennent que l’aïkido implique la répétition d’exercices nécessitant la réalisation de l’unité esprit-corps et un travail mettant en évidence la puissance du ki. Les positions de base sont des préliminaire indispensables à l’apprentissage des techniques. Déterminer la distance correcte ( ma-ai ) face à un adversaire peut se révéler très difficile, comme de réaliser les déplacements de pieds avec souplesse et fluidité à l’image des danseurs Nô. Le travail du souffle-énergie ou ki , qui trouve son origine au centre pour se prolonger au travers des bras et des mains, peut poser un problème au départ. La maîtrise des chutes, chuter tout en restant centrée et équilibrée, , peut nécessiter des heures et des heures de travail.

 

Les difficultés rencontrées par les débutantes, que ce soient l’incompréhension, la transpiration, les bleus occasionnels, ne semblent pas les décourager, au contraire, sont plus un challenge qu’une source de découragement et renforcent en fait leur motivation sur le chemin de la maîtrise de l’aïkido. En aikido, l’individualité est respectée, et chaque individu peut développer sa propre force pour l’amener à maturité. Alors que la pratique et la philosophie de l’aikido trouvent une applicaiton unverselle, chaque réponse, qu’elle émane d’un homme ou d’une femme, dépend de l’individu. L’aikido n’est ni féminin, ni masculin, et il ne devrait pas y avoir d’a priori sur la façon dont les hommes ou les femmes doivent se comporter en aikido. Maintenir la tradition Il est fait référence à l’aikido comme le budô qui sait réunir jeunes et anciens, associant la spontanéité de la jeunesse à la maturité. En transcendant les différences dues à l’âge ou au sexe, les enfants, les adultes, les hommes et les femmes travaillent ensemble, s’encourageant mutuellement dans la pratique.

 

Le contraste est évident avec les arts martiaux machistes qui ne mettent en avant que des hommes jeunes et costauds. Cela est dû en partie au fait que l’aikido désavoue toute forme de compétition où prédomine la force et s’attache à l’entraînement à la fois de l’esprit et du corps. Tous les groupes d’âge qui pratiquent l’aikido, réalisent l’unité ki-esprit-corps selon leurs moyens, mais tous se retrouvent pour apprendre les uns des autres. Dans l’atmosphère d’un entraînement exempt des inévitables distinctions d’âge ou de sexe, respect mutuel et communication peuvent s’instaurer.

 

Les enfants aspirent à atteindre le niveau des jeunes, les jeunes essaient d’égaler la maîtrise du ki des adultes, tandis que les adultes respectent l’anticipation et la fluidité des mouvements de leurs aînés ; la réciproque étant également vraie. Les anciens sont stimulés par la vigueur des jeunes adultes, les adultes font bon usage de l’énergie des jeunes et les jeunes retrouvent l’esprit du débutant avec l’ouverture et l’intensité des enfants. Lorsque la boucle d’interéchange se referme naît la puissance émanant d’une activité harmonieuse qui conduit à un sens de la conduite appropriée et de l’étiquette fondé sur le respect mutuel. Notre devoir est de nous consacrer à la pratique quotidienne, en gardant à l’esprit la centralité de l’amour et de l’harmonie. Plus rapide que la lumière Le Fondateur utilisait souvent l’expression « plus rapide que la lumière » lorsqu’il décrivait la théorie de l’aikido.

 

Ce qu’il voulait dire, c’est que dans la mesure où la base des techniques d’aikido consiste à absorber les mouvements du partenaire à l’intérieur de son propre mouvement, l’aikido d’un point de vue spirituel est plus rapide qu’une balle, plus rapide encore que la lumière elle-même. La seule et unique caractéristique de l’aikido est que l’individu s’unit à la nature et se déplace quand esprit et technique se font plus qu’un, toujours en accord avec le principe du cercle et de la spirale. Irimi-nage Le cœur de l’aikido s’exprime peut-être le mieux dans irimi-nage ( projection en retrant ). Contrairement à des techniques plus compliquées, les mouvements verticaux du début et les mouvements latéraux de la fin sont tout à fait élémentaires. Irimi-nage est une technique dans laquelle le nage (celui qui conduit ) entre dans l’angle mort du partenaire ( shikaku ), prend le contrôle de son destin, le conduisant et le projetant selon le principe du cercle et de la spirale. Le nage amène le partenaire dans son propre mouvement afin que les deux corps ne fassent plus qu’un, puis il détruit son équilibre pour le projeter en le contrôlant pour le maintenir au centre de la spirale. Maîtriser l’esprit, travailler la technique Maîtrise ultime :

 

entrer au cœur de l’aikido L’absolue simplicité du sabre japonais semble vouloir démentir ses nombreuses qualités : l’attention particulière portée aux moindres détails de la lame et de la garde, la sensation d’une coupe nette et tranchante, le contact léger dans les mains lorsque le choc, au moment de l’impact, se dissipe naturellement, enfin le tranchant rendu résilient par un cœur en acier plus doux, devenant ainsi pratiquement inaltérable. En matière de technologie traditionnelle, les réalisations sont souvent le résultat de qualités intuitives particulières, que nous nommons kan, qualités qui ne s’acquièrent qu’après des années de pratique. Pour que le kan-intuition se manifeste, un état de tension créative doit être atteint en concentrant toute sa pensée sur le travail en cours.

 

Cet était ouvre les portes à un pouvoir plus grand encore, kami en japonais. Le succès dépend de la faculté que l’on a de se remplir de la conscience divine ou kami pour pénétrer au cœur du processus en cours. Le forgeron japonais en fabriquant un sabre unique se repose sur le kan à la fois pour sélectionner les matériaux appropriés et pour les combiner en suivant scrupuleusement la méthode transmise par sa famille. L’ensemble du processus, de la mise en chauffe au refroidissement en passant par la forge, est l’œuvre intangible du kan. Si nous pensons au sabre japonais en termes de lame et de garde, la lame est constituée d’une partie tranchante, d’une pointe, d’une partie arrière plate et du shinogi ( plat de la lame entre le tranchant et le dos ). Au combat, chaque partie du sabre a une fonction qui lui est propre, et pour ce faire, elle sera fabriquée avec des matériaux et selon une méthode spécifiques. Toutes ces subtilités dépendent du kan-intuition né d’une extrême concentration et d’une dévotion quasi-religieuse à l’art.

 

C’est pourquoi le forgeron dispose un autel enchâssant le Kami à l’intérieur même de son atelier, porte des vêtements blancs de cérémonie et célèbre des rites de purification considérés comme faisant partie intégrante du processus de fabrication du sabre. Dans cette atmosphère solennelle, il peut asseoir son esprit avant de commencer sa tâche. Pour le forgeron, le travail est sacré. Si ce n’est pas le cas, le Kami serait irrité et perturberait son kan-intuition. Non seulement les pièces constituant le sabre japonais, mais le sabre lui-même est né le l’intuition et de la puissance divine. Il est contradictoire en soi que le scientifique allemand, attiré par la beauté mystique du sabre japonais, puisse en faire une analyse scientifique. L’échec de son expérience n’est alors que trop logique. L’essence ultime de l’aikido est une expérience individuelle, intuitive qui peut se produire lorsque la chance nous sourit après de nombreuses années de pratique et de recherche.

 

Réunion de facteurs complexes, elle est cette sagesse indissociable de l’accomplissement artistique dans la tradition japonaise. Sa nature est telle que si l’on choisit le chemin de l’entraînement qui conduit à sa réalisation, elle se manifestera tôt ou tard. Cette foi intime, liée à la clairvoyance du nen, ouvrira les portes qui nous permettront de pénétrer au cœur de l’aikido pour qu’enfin se réalise l’essence ultime de notre art. Perception hautement personnelle, bien qu’universelle, cette essence se manifestera différemment selon l’individu et le niveau de compétence. Il est clair que l’essence ultime a été pour le Fondateur la prise de conscience suprême après des années de quête et d’entraînement acharné.

 

C’est pourquoi nous allons nous pencher sur certains de ses écrits pour mieux comprendre sa perception de l’essence ultime. « Je choisis le budô pour entraîner mon corps et lorsqu’enfin il me fut donné d’appréhender l’essence ultime, je pris conscience d’une vérité plus grande encore. Lorsque je perçus le cœur de la réalité universelle, je compris clairement que les êtres humains devaient unifier leur esprit et leur corps au ki qui est leur lien et que chacun devait harmoniser son activité à l’activité de toute chose dans l’univers. Le travail subtil du ki contribue à l’harmonisation de l’esprit et du corps et à l’accomplissement de la relation entre l’individu et l’univers. » « Si la mise en œuvre du travail subtil du ki s’avère aléatoire, l’esprit et le corps deviendront malsains, le monde tombera dans le chaos et l’univers tout entier sera jeté dans la confusion. L’aikido est la voie de la vérité. S’entraîner en aikido, c’est s’entraîner dans la vérité.

 

L’accomplissement divin naîtra de la persévérance , de l’entraînement et de la clairvoyance. » « Pour que la dureté du diamant, vérité immuable, fasse partie intégrante de l’esprit et du corps de l’individu, celui-ci devra suivre trois formes d’entraînement : « 1. Un entraînement devant lui permettre d’harmoniser son esprit avec l’activité de toute chose dans l’univers. « 2. Un entraînement devant lui permettre d’harmoniser son corps avec l’activité de totue chose dans l’univers. « 3. Un entraînement devant permettre au ki unissant esprit et corps de s’harmoniser avec toute chose dans l’univers. « En aikido, le pratiquant accompli est celui qui travaille et réalise ces trois points simultanément, non seulement d’un point de vue théorique, mais concrètement, dans le dôjô et à chaque instant de sa vie. » « Dans un art martial, chaque technique doit s’accorder à la vérité de l’univers. Si ce n’est pas le cas, l’art martial doit être écarté, ne pouvant être considéré comme un art martial créateur d’amour take-musu ( littéralement, créateur de martialité ). L’aikido est take-musu par excellence. Martial ( take ), signifie ici ‘‘ grandement héroïque ’’, ‘‘ vibration du corps ’’, ‘‘ pouvoir du aum ’’ qui retentit dans l’univers. » « La vibration du corps tire son origine de l’unité esprit-corps lorsqu’elle s’harmonise avec la vibration de l’univers.

 

La réponse mutuelle et l’interéchange produisent le ki de ai-ki. L’essence de l’aikido est l’écho entre la vibration du corps et la vibration de l’univers d’où naîtront chaleur, lumière et puissance unifiées dans un esprit totalement accompli. La vitalité de l’écho entre le corps et la vibration de l’univers nourrit le travail subtil du ki et donne naissance qu take-musu ai-ki, l’art martial qui est amour et l’amour qui n’est autre qu’art martial. » A la question de savoir comment unifier le ki de l’univers au ki individuel, pour harmoniser leur travail et leur écho mutuel, la réponse réside dans l’entraînement et la pratique intensive. Harmonie et amour sont alors la manifestation de l’essence de l’aikido, prenant place tous deux au cœur de l’aikido. Là se trouvaient pour le Fondateur l’essence ultime et la vérité suprême.

 

Pour le pratiquant moyen, il peut alors rechercher un exemple plus concret de l’essence de l’aikido dans le mouvement et la technique. En fait, le Fondateur n’aimait pas transmettre son enseignement oralement et préférait que chacun s’y attache au travers de l’entraînement et de la pratique, comme il l’exprime dans ce poème : Ai-ki ne peut se résumer En écrits ou paroles. Sans dissertation inutile, La compréhension viendra de la pratique. Cela revient à chercher le secret des sabres japonais par l’analyse scientifique. Seule l’expérience personnelle conduit à la connaissance. Tout ce qui se rattache au cœur et à l’esprit humain est ainsi fait. Maître Ueshiba expliquait l’essence et la véritable nature de l’aikido au travers de la poésie ou à l’occasion de rares conférences auxquelles il conviait ses disciples.

 

Parmi ces poèmes, le suivant est plein d’enseignement : Attaquant avec un sabre long, L’ennemi pense que je lui fais face. Ah, derrière lui, Je m’y tiens déjà. _ Bien que cerné Par plusieurs ennemis prêts à attaquer, Combattez en pensant Qu’ils ne sont qu’un. _ En pénétrant dans une forêt de lances Qui soudain vous encerclent Rappelez-vous que votre esprit Est votre bouclier. _ Votre main droite Se voulant l’émanation du yang, Votre main gauche l’émanation du yin, Guidez votre adversaire. _ lorsque l’ennemi arrive En courant pour vous frapper, Déplacez-vous sur le côté, pour l’éviter, Ripostez immédiatement et coupez. _ Pourquoi fixer votre regard Sur le sabre menaçant ? La saisie révèle L’endroit de la coupe. Dans ces poèmes, les quelques allusions faites à l’essence de l’aikido devraient apparaître évidents aux pratiquants chevronnés. Il est fait référence à l’entrée, au cercle, et à la spirale, à la main-sabre, aux frappes directes et à la confrontation d’un contre plusieurs, la notion centrale étant la maîtrise de l’esprit.

 

Les commentaires fugitifs suivants du Fondateur font référence à l’essence de l’aïkido. « Ne fixez pas seulement les yeux de l’adversaire, ils absorberont votre esprit. Ne fixez pas seulement le sabre de l’adversaire, il prendra votre ki. Ne regardez pas seulement votre adversaire, son ki vous contrôlera. Dans les arts martiaux, l’entraînement consiste à développer le pouvoir magnétique qui existe à l’intérieur de chacun et qui permet d’absorber l’autre tel qu’il est. C’est pourquoi, la seule chose que j’ai à faire est de rester simplement là. » « Ne vous laissez pas prendre à des discussions techniques sur la nécessité de frapper avant l’adversaire. En le faisant vous ne faites que démontrer que vous êtes trop conscient de l’autre. En aïkido il y a un adversaire, mais en réalité il n’y a pas d’adversaire. Parce que l’autre fait partie intégrante de vous, si vous bougez comme vous le souhaitez, l’autre bougera aussi comme vous le souhaitez.

 

Si vous bougez ainsi, l’autre suivra naturellement. » « Tout le monde devrait être capable de maintenir une autre personne à terre avec un seul doigt. La force de l’homme est confinée dans un cercle dont il est le centre. La force ne peut dépasser la circonférence de ce cercle. Quelle que soit la force d’un homme, dès qu’il est entraîné hors de son cercle, il perd toute puissance. Si l’on essaie de maintenir l’autre en dehors de son cercle, le petit doigt suffit à le garder à terre puisqu’il est alors sans force. Si l’on se déplace à l’intérieur de son propre cercle de puissance et que l’on oblige l’adversaire à sortir de son cercle à lui, l’affaire est entendue. » « La vraie respiration consiste à respirer à l’unisson avec l’univers. On s’approprie ainsi la force de la nature. Formez une spirale vers la droite pour monter, formez une spirale vers la gauche pour descendre. Au ciel et sur la terre, l’homme peut librement tourner et former une spirale. Il est donc primordial de bien comprendre le principe de la respiration spirale. » Application du principe de l’art du sabre La voie de l’aiki et la voie du sabre sont intimement liées quant à leurs principes de base, mouvements ou modes d’application. Ces arts martiaux sont pourtant apparemment radicalement différents, l’aïkido se pratiquant à mains nues, tandis que l’art du sabre requiert l’usage d’une arme. I

 

l est fait référence ici au kenjutsu, art du sabre de combat, et non au kendo qui est un sport de compétition. L’aïkido présente des similitudes avec l’art ancien plutôt qu’avec son expression moderne. L’aïkido se rapproche plus du judo que de l’art du sabre si l’on considère que ces deux formes d’art martial se pratiquent à mains nues, et que, si l’on se réfère un tant soit peu au passé du Fondateur, le jûjutsu a joué un rôle prépondérant dans la création de l’aïkido. Le Fondateur, qui a longtemps pratiqué le jûjutsu de l’école Daitô, a adapté un certain nombre de ses principes à l’aïkido ; et des techniques telles que les clefs aux poignets, les frappes, les projections ou les immobilisations ont été élaborées à partir du jûjutsu traditionnel ou de sa forme moderne, le judo. Mais les similitudes sont gommées par les différences.

 

En aïkido, il n’existe pas d’équivalent à la prise de la manche ou du revers du kimono indispensable en judo. Du fait de l’absence de corps à corps et de compétition, l’aïkido n’intègre pas de techniques offensives. Il n’existe pas de techniques au sol visant immobiliser l’adversaire par des clefs ou des étranglements. Parmi les nombreuses similitudes entre l’aïkido et l’art du sabre, on trouve certains fondamentaux : la position de garde, la distance ou l’espace séparant deux personnes, le regard, les déplacements de pieds, ainsi que les applications techniques, qui sont étonnamment semblables pour ne pas dire identiques. Alors qu’en judo, le kimono se porte lâche afin de faciliter le corps à corps, en aïkido comme en kenjutsu, la tenue standard est le hakama, la longue jupe pantalon traditionnelle des Japonais qui offre une grande liberté de mouvement lorsque deux personnes se font face. Le hakama se retrouve également en kendo accompagné de diverses protections. En aïkido, les débutants ne portent généralement pas de hakama.

 

La comparaison détaillée de l’aïkido et de l’art du sabre ne révèle que peu de différences. La prise de distance (ma-ai) peut en être un exemple. Dans l’art du sabre, la distance correcte entre deux personnes est donnée par les deux extrémités des sabres, se faisant face, qui doivent se croiser légèrement afin que d’un seul pas il soit possible de porter un coup mortel à l’adversaire. En aïkido, lorsque deux personnes se font face, en position hanmi, les mains, symbolisant les lames des sabres, ne se touchent pas, et la distance correcte doit permettre un maximum d’efficacité dans l’entrée (irimi). De plus, avec un sabre, le principe de base restera le même lors de la prise de distance quelle que soit la hauteur de la lame.

 

En aïkido, il variera selon la technique : les deux partenaires à genoux, un partenaire à genoux l’autre debout ou les deux partenaires debout ; un pratiquant faisant face à plusieurs adversaires ou à un adversaire armé. A cet égard, il n’est pas possible d’établir une équivalence scrupuleuse entre l’aïkido et l’art du sabre, mais, les principes de base, les mouvements et les modes d’application présentent de nombreux points communs. Ces similitudes ne sont pas le fait du hasard, maître Ueshiba ayant dès le début souhaité faire bon usage des avantages inhérents à l’art du sabre. Il consacra pour ce faire beaucoup de temps et d’énergie à les adapter pour les intégrer à l’aïkido. L’aïkido ne fait usage d’aucune arme et est fondamentalement un art martial qui se pratique à mains nues, mais la main, n’est pas une simple extension du corps. Parler du sabre de la main (te-gatana) laisse suggérer que la main devient une arme en coupant comme un sabre.

 

Et lorsque la main est utilisée comme un sabre, le mouvement suit naturellement le mouvement du sabre. Ceci est l’exemple même de la manifestation concrète d’un principe de l’art du sabre dans un mouvement de l’aïkido. Shihô-nage en est l’exemple par excellence. Le principe de la technique est calqué sur la manipulation du sabre. Debout, en garde droite ou gauche, le sabre est levé pour couper dans quatre, huit ou seize directions. A partir des techniques de base de l’aïkido, entrée et spirale, le sabre de la main projette les partenaires dans quatre, huit ou seize directions. Cette technique peut être modulée à l’infini selon la situation ou l’urgence. Lorsque l’attaque est un coup venant de la droite ou de la gauche de l’adversaire, il est possible d’y répondre avec shihô-nage.

 

Si l’attaque consiste à saisir les deux poignets par l’arrière, il est encore possible, à partir de cette position, de réaliser shihô-nage. Lorsque l’attaquant attrape les épaules d’un partenaire à genoux, ce dernier peut se défendre avec shihô-nage. Quelle que soit la situation, shihô-nage suit à peu près la même construction. Dans un premier temps, l’équilibre de l’adversaire est déstabilisé par l’entrée et le mouvement de rotation. Dans un deuxième temps, l’adversaire est amené à suivre le mouvement de rotation du défenseur. Pour finir, la main gauche ou la main droite (quelquefois les deux) est utilisée comme un sabre, levée au-dessus de la tête pour redescendre rapidement afin de projeter l’adversaire. Dans shihô-nage, chaque mouvement est dicté par la volonté d’utiliser la main comme un sabre. Cela signifie aussi que la main de l’adversaire est perçue comme une lame. Bien qu’aucune des parties ne soit armée, l’action est aussi intense que si deux lames nues devaient se rencontrer. Naturellement, shihô-nage suppose que puissance et efficacité émanent de la concentration du ki et que l’écoulement du ki, issu du souffle-énergie, s’exprime totalement au travers de la main – la lame du sabre – dans une coupe précise et puissante. Pour que l’adversaire soit projeté efficacement, il est indispensable que le ki s’écoule librement.

 

Parmi les techniques d’aïkido, shihô-nage est considérée comme marquant le commencement et la fin de la pratique, la perfection dans sa réalisation comme la démonstration de la maîtrise en aïkido. Cela est dû au fait que cette technique symbolise plus que tout autre la relation intime existant entre l’aïkido et l’art du sabre. Bien que l’aïkido soit fondamentalement un art martial ne faisant usage d’aucune arme, et que l’entraînement consiste le plus souvent à opposer deux adversaire à mains nues, il existe de nombreuses applications des techniques de base pour lesquelles il sera nécessaire de recourir à un sabre, couteau, bâton court ou long. Dans ces cas particuliers, le principe d’utiliser la main comme un sabre sera inversé, les armes étant utilisées et manipulées non plus comme des objets mais comme des extensions du corp

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